L’étude montre qu’une longue phase humide, entre 14 800 et 5 500 ans avant le présent, a été ponctuée de sécheresses brèves — un schéma climatique susceptible de se reproduire à l’avenir.
Une nouvelle étude, retraçant plus de dix millénaires d’évolution des précipitations dans le Sahara, révèle que même les périodes humides ont été marquées par des sécheresses, offrant un éclairage nouveau sur la variabilité du climat dans la région. Les chercheurs estiment que de pareilles reconstructions climatiques à long terme pourraient aider à mieux comprendre les risques futurs de sécheresse en Afrique du Nord et au Sahel, à mesure que le changement climatique continue de perturber les systèmes atmosphériques et océaniques.
L’étude, menée par l’Université allemande de Cologne, en partenariat avec d’autres instituts de recherche, a analysé une carotte de sédiments de 16 mètres extraite du Lac Yoa, au Tchad, l’un des rares lacs permanents du désert. Les couches accumulées dans ce bassin naturel ont permis de reconstruire 10 800 ans d’histoire des précipitations. Publiés dans la revue scientifique Nature, les résultats confirment l’existence de la période « African Humid Period », une phase qui s’est étendue approximativement entre 14 800 et 5 500 avant le présent, lorsque le Sahara était parsemé de lacs, de rivières et de savanes.
Facteurs importants : les fluctuations de la mousson africaine et les changements dans la circulation océanique dans l’Atlantique
L’étude, intitulée « Decadal-scale droughts disrupted the African Humid Period in the Sahara », montre cependant que cette période n’a pas été stable. Les chercheurs ont identifié plusieurs épisodes de sécheresse marquée qui ont interrompu ces conditions humides, notamment il y a environ 9 300, 8 200 et 6 300 ans. L’étude a également révélé que l’évènement climatique des « 8 200 ans » (8.2 kiloyear event) a duré précisément 77 ans au Lac Yoa, s’étendant de 8 229 à 8 152 ans avant le présent. Cette perturbation climatique mondiale a été déclenchée par un afflux massif d’eau douce dans l’Atlantique Nord, affaiblissant ainsi la circulation océanique.
Ces fluctuations climatiques sont liées aux variations de la mousson africaine et aux changements de la circulation océanique dans l’Atlantique, deux mécanismes déterminants pour l’apport d’humidité vers le Sahara et le Sahel. Outre l’Université de Cologne, des institutions de recherche en Allemagne, en France, en Belgique, au Tchad et en Chine ont contribué à l’étude par des analyses de laboratoire et des modélisations climatiques.
dpa






