Guinée : « Certains magistrats m’ont confié qu’ils ont subi des pressions pour modifier, annuler et remplacer certains procès-verbaux…».

« 8 mois après le scrutin du 4 février 2018, un commissaire de la CENI rompt le silence ».

Sur une radio de la place, le Directeur des opérations rompt le silence et jette un discrédit grave sur le processus électoral notamment le travail de certaines CACV.

« Certains magistrats m’ont confié qu’ils ont subi des pressions pour modifier, annuler et remplacer certains procès-verbaux de résultats. La pression, elle provenait de tous les bords ».

Cette déclaration intervenue après plusieurs mois de crises politiques ayant causé des morts, des blessés et des dégâts matériels importants, ouvre la brèche d’une interrogation pertinente sur le processus électoral guinéen à l’aune d’une possible restructuration de la commission électorale et des grandes échéances électorales 2019 et 2020.

L’Observatoire Citoyen de la Gouvernance et de la redevabilité constitué d’experts indépendants et de groupes citoyens volontaires mis en place en 2017 exprime ses vives préoccupations face à cette sortie tardive du Directeur des opérations de la CENI.

Sur la base des analyses effectuées avant et la suite de cette accusation d’un haut responsable de la CENI:

Cette sortie du Directeur des Opérations de la CENI, bien que tardive remet en surface les insuffisances et anomalies qui ont toujours fait l’objet d’insinuations par les acteurs du processus Electoral guinéen.

Elle met en cause et Profondément la sincérité d’une étape décisive du scrutin du 4 Février, notamment la centralisation des votes. Ce qui jette un dévolu sur le travail des magistrats, dont la liste doit être donnée par le déclarant.

Cette déclaration et les révélations qui y sont liées confirment les inquiétudes et critiques des acteurs clés sur les capacités techniques, l’indépendance et l’impartialité de la CENI. Une CENI qui est minée par des contradictions politiciennes, l’hypocrisie et l’affairisme des commissaires et les autres agents impliqués dans le processus.

C’est aussi une opportunité pour les observateurs, acteurs et partenaires du processus électoral de se pencher sérieusement sur les faiblesses, insuffisances et incohérences qui corrompent notre processus électoral.

Pour bien comprendre les implications de ces manquements sur la crédibilité de nos élections et la légitimité de nos institutions, la Société civile guinéenne exige la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour établir la vérité sur ces allégations fondées de foi du DO de la CENI:

 Approfondir les investigations sur la nature et le niveau des incriminations;

 Situer les responsabilités des acteurs incriminés;

 Établir la liste des CACV impactés;

 Faire des recommandations pour la sécurisation et la crédibilité du processus électoral.

Enfin devant la gravité de ces allégations, la société civile exhorte la Cour Constitutionnelle, le

Ministère de la justice, la CENI, le MATD et l’assemblée nationale à tout mettre en œuvre pour apporter une réponse urgente aux questionnements de la société civile, soulevés suite à cette sortie du Directeur des Opérations de la CENI:

  1. Pourquoi attendre ce moment pour faire ces révélations, qui pourtant pouvaient éviter l’impasse dans laquelle notre pays se trouve après des élections;
  2. Quels sont les éléments de preuve dont dispose le DO pour étayer ces accusations et insinuations?
  3. Quel impact pourrait avoir cette sortie sur le processus électoral, notamment l’accord politique du 8 août dernier ?
  4. Quel est le niveau de responsabilité différentielle de chaque institution dans les opérations de centralisation des votes ?

En attendant l’établissement des faits et l’évaluation de leur impact sur le scrutin, la société civile s’interroge sur la fiabilité de la loi électorale actuelle et sur la capacité de la CENI à organiser des élections crédibles et apaisées.

C’est pourquoi, Elle recommande la révision de la loi électorale et la relecture de la loi sur la CENI, dès la prochaine session de l’assemblée Nationale.

Si rien n’est fait dans les 30 jours, la société civile se réserve le droit de se porter partie civile pour exiger le droit à la justice.

Fait à Conakry le 10 septembre 2018.

La Directrice de l’OCGR. AÏCHA BALDÉ

Le Responsable de la Communication du CNOSCG, GABRIEL HABA

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